Le Bureau des opérations aériennes (BOA)
Stéphane Robine
mars 1943-août 1944

Le Bureau des opérations aériennes est créé à l'initiative du BCRAen avril 1943 afin de rationaliser les liaisons entre la Résistanceintérieure et la France Libre, c'est-à-dire veiller à l'acheminementdes agents et du courrier, et réceptionner les parachutages d'armes. Ilest le pendant, en zone Nord, du Service des atterrissages etparachutages (SAP) qui existait déjà en zone Sud.

En mars 1943, l'un des fondateurs du BOA en zone Nord, Michel Pichard, dit " Pic ", prend contact avec Edouard Paysant, entrepreneur à Sées. A cette époque, Paysant appartient à l'OCM, dont le chef départemental est Robert Aubin.En avril, les premiers terrains de parachutage sont homologués. Enjuin, le BOA se dote, dans l'Orne, d'une structure propre. Des équipesdétachées de l'OCM, puis de l'Armée secrète, sont mises à sadisposition.

Enaoût 1943, le BOA décide de décentraliser, pour des raisons desécurité, son mode de fonctionnement en instituant des officiersrégionaux d'opérations. En ce sens, le territoire de la zone Nord estdécoupé en quatre blocs. Les responsables successifs du bloc Ouest(région M) sont Jean Ayral, remplacé fin mars 1943 par Paul Schmidt,dit " Kim ", auquel succède en septembre Jean-François Clouet des Pesruches,dit " Galilée ", remplacé en mai 1944 par RobertBloc-Richard, dit " Greffier ". La région M 4 (subdivision dela région M) correspond à l'Eure-et-Loir, l'Indre-et-Loire, la Sarthe,la Mayenne et l'Orne.

Pour M 4, le responsable est Edouard Paysant, dit " Kim B ". Obligé de fuir en juillet 1943, suite à l'affaire de Belfonds, il est remplacé en septembre par André Gros, dit " Galilée I ", avant lui-même d'être contraint de prendre le large en mai 1944 et de voir lui succéder René Croisé, ingénieur à Mortagne, dit " Galilée IV ".

Les responsables du BOA pour l'Orne sont donc André Gros du 30 mars 1943 au 31 août 1943, assisté d'Auguste Briand, dit " Galilée VII ", et René Croisé du 1erseptembre 1943 à la Libération. Le chef départemental a deuxadjoints : Raymond Blot, dit " Orbite L ",garde-champêtre à Mortagne, pour la zone Ouest, et Roland Puyravau, de Mortagne, dit " Orbite J ", pour la zone Est.

Lamission dévolue au BOA est de répondre aux besoins en armes et enmatériel des mouvements de la Résistance : commandes, réceptiondes containers sur des terrains de parachutage, stockage. Après septembre 1943, les officiers régionaux d'opération sont subordonnés aux DMRqui ont la responsabilité de la répartition des armes. Par ailleurs, leBOA assure les départs et l'arrivée du personnel venant de Londres ous'y rendant, comme par exemple les agents instructeurs et saboteurs.

Le BOA dispose d'une branche Action et d'une branche Liaison .La première est constituée par des équipes chargées de la réception etdu stockage. Plusieurs " chefs de terrain " sont alorsdésignés : Victor Chevreuil pour " Lapin " (Mortrée) Robert Alliard pour " Hutte " (Bellavilliers), Emile Rattier pour " Aurore " et " Godet " (Saint-Léonard-des-Parcs et Le Merlerault), Georges Tessier pour " Eclair " (La Lande-de-Goult), Roger Denormandie pour " Orage " (Macé), Roger Boudon pour " Grêle " (Echauffour), Jérôme Levesque et Ernest Voyer pour " Garde " (L'Hôme-Chamondot). Il existe, en outre, des équipes dont les terrains sont spécialement affectés au Plan Tortue : Marcel Danjou pour " Athis " et " Vervent " (Athis et Berjou) et Jacques Foccart pour " Lévite " (Rânes).

De juin 1943 à août 1944, le BOA organisa dans l'Orne au moins 48 opérations de parachutage (dont 11 échecs) sur 19 drop zonesdifférentes, surtout situées dans le centre et l'est du département quioffraient de meilleures conditions topographiques que le bocage. Levolume matériel réceptionné peut être évalué à cent tonnes, avec desprises par l'ennemi comparativement faibles. Le BOA a ainsi conservé90% des parachutages d'armes qui ont été répartis dans les départementssuivants : Orne, Sarthe, Manche, Calvados, Seine-et-Oise.

Après le Débarquement, certaines équipes du BOA se sont intégrées aux troupes de l'OCM, devenue Armée secrète, puis FFI,et ont pris part à des opérations de harcèlement et de guérilla. Ceciexplique qu'il est parfois difficile de différencier l'appartenanced'origine de certaines équipes, d'autant plus que des hommes de l'OCMont prêté leur concours lors des réceptions ou des transports d'armes.

Le réseau BOA fut particulièrement éprouvé par la répression allemande.En l'état actuel de la recherche, sur deux cent-dix agentsrecensés dans l'Orne, quarante-sept ont été déportés (seize ontsurvécu) et onze ont été fusillés, massacrés ou portés disparu.


Sources :


AN : 72 AJ 38 : rapport de Jean Ayral (" Pal ") sur sa mission en France, sans date.

AD 61 : 41 J 87 : témoignage d'Ernest Voyer, 13 pages dactylographiées, sans date.

AD 61 : 41 J 33 : rapport de Georges Tessier, 26 janvier 1945.

Michel Pichard, L'espoir des ténèbres, parachutages sous l'Occupation, Paris, Erti, 1990.